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 - 30 mai 2017 - Sainte Jeanne d’Arc
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Questions Essentielles

Les miracles nous obligent-ils à croire ?

Nous fêtons cette année le 150ème anniversaire des apparitions de Lourdes. Régulièrement arrivent au bureau médical de Lourdes des cas de nouveaux miraculés, qui parfois obtiennent la reconnaissance de l’Eglise. Quelle est leur signification ? Nous forcent-ils à croire en Dieu ?

Fidéisme ou Scientisme ?

Ouvrons l’Evangile : nous y trouvons un miracle à chaque page. Jésus y marche sur les eaux, expulse les démons, multiplie les pains... un miracle à Lourdes, ce n’est donc pas une rupture avec l’Evangile, mais plutôt une continuation : les paralytiques d’hier et d’aujourd’hui se lèvent et marchent à l’appel de Jésus.
Les foules s’émerveillent, mais nous nous interrogeons : pourquoi ces violations des règles de la nature ? Il semblerait que Dieu, en nous mettant sous le nez ses prodiges, nous force à croire et ne respecte pas notre liberté.
C’est pourquoi le scientisme nie la réalité des miracles : ce ne seraient que des élucubrations de disciples exaltés. La conviction religieuse, si elle a lieu d’être, devrait provenir de convictions plus personnelles...
Mais lorsque l’examen critique prouve bien la véracité du miracle, surgit un autre extrême : le fidéisme, pour qui le miracle est un acte d’autorité sans appel, qui n’admet aucune suspicion. Pour convertir la planète, il suffirait de montrer les prodiges de la Vierge des Pyrénées. La liberté n’est plus exaltée : elle est simplement niée.

Comment concilier la réalité des miracles avec le respect de la liberté humaine ?

Pascal a écrit une phrase lapidaire sur les miracles : « Il y a assez de lumière pour ceux qui ne désirent que de voir, et assez d’obscurité pour ceux qui ont une disposition contraire » [1]. Devant un miracle, l’homme sincère est porté à la foi, mais celui qui ferme son cœur peut toujours trouver des arguments contraires...

Un père et un fils

Prenons un exemple récent : voici André, atteint de sclérose en plaques pendant 30 ans, guéri lors d’un pèlerinage à Lourdes, et dont le miracle a été authentifié par l’Eglise après un long et soigneux examen. Pour lui, aucun doute : ces jambes qui fonctionnent de nouveau sont le signe de sa guérison spirituelle, infiniment plus importante. Pourquoi Dieu réparerait-il un corps destiné à survivre encore 20 ans tout au plus, si ce n’est pour le conduire au Paradis ? La lumière de cette intervention divine a donc pénétré son âme pour fortifier sa foi.

Ce n’est pas le cas de son fils Alexandre : pourquoi crier au miracle simplement lorsque la science n’arrive pas à expliquer un phénomène ? Il se sent offusqué par cette volonté de voir Dieu partout, de l’imposer aux autres, et préfère demeurer sceptique. Ne trouve-t-on pas de nombreux autres prodiges dans les autres religions ? le témoignage de son père n’est pas convaincant, il préfère approfondir ses convictions d’humaniste laïc plutôt que de se laisser hypnotiser par un phénomène physique. Il a en partie raison : la guérison n’est pas dépourvue d’obscurité, et la science n’a conclu qu’à sa propre incapacité de jugement. Sa liberté est donc sauve.

Cet exemple résout notre problème entre scientisme et fidéisme : le Dieu des chrétiens, lorsqu’il accomplit un miracle, ne force personne à le croire. André l’a accueilli librement, comme un signe, non comme une obligation. Et Alexandre a la sincérité de reconnaître les limites de la science. Du point de vue théologique, nous constatons l’amour de Dieu pour l’homme : Il se soumet à sa liberté et lui donne la possibilité de nier jusqu’à l’évidence de son action. Exactement comme dans l’Evangile...

Grâce, concupiscence et raison

D’autre part, la phrase de Pascal est incomplète ; lui-même la développe ainsi : « Ainsi il y a de l’évidence et de l’obscurité pour éclairer les uns et obscurcir les autres, mais [...] il y a assez d’évidence pour condamner, et non assez pour convaincre, afin qu’il paraisse qu’en ceux qui la suivent c’est la grâce et non la raison qui fait suivre, et qu’en ceux qui la fuient c’est la concupiscence et non la raison qui fait fuir » [2]

Donc, André a vraiment du mérite : il adhère personnellement à un signe assez obscure pour sa raison. Il a répondu positivement à la grâce. Mais Alexandre lui a résisté, non pas selon sa raison, mais à cause de l’inclination de son cœur qui rejette Dieu.

Bien entendu, nous nous interdirons tout jugement sur les motivations profondes des cœurs d’André et d’Alexandre, que Dieu seul connaît. Mais le bon sens nous suggère que le choix du père est préférable à celui de son fils : quitte à se tromper, il vaut mieux croire grâce à des signes discutables, que de résister à Dieu à cause d’une raison bornée. Le jeu en vaut la chandelle...

1. Pensées,n. 139
2. Pensées,n. 682



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