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 - 20 avril 2019 - Sainte Agnès de Montepulciano
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Hommage aux quatre Pères blancs assassinés en Algérie il y a dix ans

« Pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu’on aime. » Sur la tombe commune, quatre noms et une croix entourent cette profession de foi qui sonne comme un défi à la haine et à l’intolérance. Rassemblés jeudi au cimetière chrétien de Tizi-Ouzou, en Kabylie, plusieurs dizaines de personnes, chrétiens et musulmans, ont rendu hommage aux Pères blancs assassinés le 27 décembre 1994.

Le souvenir de cette terrible journée est encore vif. Vers midi, un commando de six hommes armés, habillés en policiers, faisait irruption dans la cour du presbytère. Les pères Alain Dieulangrand, 75 ans, Charles Deckers, 70 ans, Jean Chevillard, 69 ans, et Christian Chessel, 36 ans, sont abattus l’un après l’autre.

Très vite la nouvelle fait le tour de la région et la population est sous le choc. Ceux qu’on appelait avec respect Imrabden irumyen (les marabouts français) étaient réputés hommes de bien, proches des pauvres.

« Quand nous étions enfants, nous manquions de lait ou de livres ; nous les trouvions chez les Pères blancs » se souvient le docteur Saïd Khellil, aujourd’hui chef de service au CHU de Tizi-Ouzou. Lors de leurs funérailles, une grève générale avait paralysé la région. Des milliers de villageois avaient déferlé sur la ville pour exprimer leur chagrin et les accompagner à leur dernière demeure. « Ce jour-là, les montagnes avaient pleuré », témoigne une quinquagénaire qui fut proche des défunts.

Dix ans après, la Kabylie n’a pas oublié. L’association Tussna (le savoir), en collaboration avec l’archevêché d’Alger et la communauté des Pères blancs de Tizi-Ouzou, veut cultiver leur souvenir. Autour de la tombe des défunts, leurs familles venues de France et de Belgique, leurs anciens élèves et leurs amis de la Kabylie et d’Alger, des soeurs indiennes de l’ordre de mère Teresa reconnaissables à leur foulard bleu et blanc, des étudiants africains, un échantillon d’humanité uni dans sa diversité par l’émotion, la douleur, mais aussi l’espérance.

Vendredi matin, la chapelle de la maison des Pères blancs était trop exiguë pour contenir les dizaines de personnes venues pour la messe de l’Epiphanie, dédiée à toutes les victimes de la violence. C’est le chantier de la bibliothèque, projet des pères défunts, qui accueille la cérémonie, en présence des ambassadeurs de France et de Belgique, et du père Chabanon, supérieur général des Pères blancs au Vatican. « La souffrance nous a touchés ensemble. Nous sommes ensemble pour regarder l’avenir », déclare, ému, Mgr Teissier, l’archevêque d’Alger.

Cet appel à la fraternité qui unit par-delà les croyances risque d’être un voeu pieux. Depuis quelques mois les islamo-conservateurs ont lancé une violente campagne médiatique contre « l’évangélisation des Kabyles ». Dans certaines mosquées, des imams pourtant réputés modérés, décrètent des fatwas pour « apostasie, passible de la peine de mort ».

Tout est parti d’un colloque organisé l’été dernier à l’université islamique de Constantine, lorsqu’un théologien a dénoncé le « laxisme des autorités face à cette croisade qui a déjà ouvert 15 églises et convertit 30,58% de la population kabyle ».

Des chiffres volontairement exagérés, qui visent l’église méthodiste des Ouadhias, en Kabylie. Au début des années quatre-vingt, les membres de cette communauté protestante étaient à peine une vingtaine ; ils se réunissaient discrètement dans un petit local, pour prier. Depuis 1984, ils se sont constitués en association. Une ancienne maternité, léguée par les soeurs blanches, devient leur lieu de culte.

La communauté, qui compte maintenant plusieurs centaines de fidèles, s’affiche sans complexe. Son animateur, Kader, technicien supérieur de la santé, est un enfant du cru. « Prédicateur laïque » reconnu par l’Eglise protestante d’Alger, il fait fonction de pasteur, dirige la messe chaque vendredi, « jour du seigneur commun aux musulmans et aux chrétiens », organise des séminaires et célèbre les baptêmes et les mariages. Depuis quelques mois il est parti prêcher à Constantine, une ville de l’Est algérien réputée pour son conservatisme arabo-islamique. Hocine, un ingénieur agronome de 34 ans converti en 1996, l’a remplacé au pied levé.

Durant les années de terreur intégriste, les fidèles de l’église des Ouadhias avaient continué à témoigner de leur foi avec courage. Avec la restauration de la paix civile, cette soudaine levée de boucliers suscite nombre d’interrogations quant à l’objectif de ses commanditaires. Hocine, persuadé que « le retour du Christ se fera sur cette terre bénie », reste prudent : « Pour l’instant, nous bénéficions de la liberté de culte, mais cette campagne risque d’être le prélude à des persécutions. » Dans la presse arabophone, l’hystérie le dispute à la caricature imbécile. Ainsi du quotidien El Arabya, qui présente le « Dieu des chrétiens » sous les traits du père Noël, « père de Aïssa (Jésus) et époux de Miryam (Marie) ».

Ce climat d’intolérance est relayé par le ministre des Affaires religieuses, qui souffle le chaud et le froid. Interpellé à l’Assemblée nationale par un député islamiste, il rappelle timidement « la liberté de conscience garantie par la Constitution », mais accuse « les partis laïcs de la région de favoriser cette opération », allusion au Front des forces socialistes et au Rassemblement pour la culture et la démocratie.

Source : Le Figaro



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